
Fraternité Victimes a proposé et signé cette tribune, publiée dans La Croix, avec des professionnels et collectifs de personnes victimes. Nous la reproduisons en partie ci-dessous.
En remplaçant l’instance de réparation pour les victimes de violences sexuelles par des cellules diocésaines dépendantes d’eux, les évêques opèrent un grave retour en arrière, juge un collectif. Victimes, associations et professionnels dénoncent une décision qui fragilise la reconnaissance, compromet la réparation et risque d’entraîner une nouvelle violence institutionnelle.
Les évêques ont annoncé depuis Lourdes ce qui viendrait après l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation (Inirrr). À la place d’une structure nationale, des cellules diocésaines. À la place d’une instance indépendante, des antennes sous la direction de l’évêque. À la place de professionnels, des laïcs et des clercs. À la place de mesure de réparation financière, une compensation sur la demande explicite de la personne victime.
En un mot, les évêques enterrent l’Inirr.
En guise d’oraison funèbre, nous, personnes victimes, associations, professionnels intervenant auprès de personnes victimes, nous décidons de prendre la parole aujourd’hui.
Un profond recul
Par cette décision, les évêques marquent un profond recul. Ce qui a été annoncé sera une nouvelle violence pour les personnes victimes. La première question est donc de comprendre comment cette décision a pu voir le jour ? De qui les évêques s’entourent-ils pour être si mal conseillés ? Des personnes victimes ont-elles été consultées, et si oui comment furent-elles sélectionnées ?
L’Inirr était une réponse courageuse donnée au rapport de la Ciase, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. Elle aurait pu être améliorée dans l’intérêt des personnes victimes, et non disparaître dans l’intérêt de l’institution. L’Inirr permettait de donner un interlocuteur et un tiers de justice aux personnes victimes, de centraliser les demandes, d’uniformiser les prises en charge. L’Inirr avait réussi pour beaucoup de personnes victimes à inspirer une forme de confiance. D’ailleurs les dossiers déposés n’ont cessé d’augmenter, concernant des personnes plus jeunes, des agressions plus récentes.
Lire la suite de la tribune sur le site de La Croix
Liste des signataires :
- Mélanie Debrabant, présidente de l’association Fraternité Victime ;
- Vincent Debrabant, Bastien Uranga et Sabine de Foucaud, membres du bureau de l’association.
- Professeur Thierry Baubet, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, membre de la Ciase ;
- Alice Casagrande, responsable de l’Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis, membre de la Ciase ;
- Joël Molinario, théologien, membre de la Ciase ;
- Delphine Guérard, psychologue clinicienne et expert près la Cour d’appel de Paris ;
- Charlotte Haguenauer, psychologue clinicienne ;
- Maître Aymeric de Bézenac, avocat au Barreau de Paris ;
- Maître Nadia Debbache, avocate au Barreau de Lyon ;
- Maître Marie Laigneau, avocate au Barreau de Paris ;
- Maître Solveig Fraisse, avocate au Barreau de Paris ;
- Maître Nathalie Deleuze, avocate au Barreau de Paris ;
- Anne Lécu, religieuse dominicaine, ancien membre de la cellule de lutte contre les dérives sectaires de la Conférence des évêques de France (CEF) ;
- Gilles Berceville, théologien, ancien membre de la cellule de lutte contre les dérives sectaires de la CEF ;
- Natalia Trouiller, lanceuse d’alerte et accompagnante de personnes victimes ;
- Patrick C. Goujon, SJ ;
- Le collectif Foi et Résilience :
- Michèle Besnard, personne victime,
- Colette, personne victime,
- Olivier Debize, personne victime,
- Véronique Garnier, personne victime,
- Jacqueline Guillau, personne victime,
- Marie-Alix Legros, personne victime,
- Brigitte Navail, personne victime,
- Brigitte Tetart, personne victime,
- Jean-Luc Souveton, personne victime,
- Annie-Claude Lecomte, personne victime, ancienne membre du collectif,
- Gérald Marini, personne victime, ancien membre du collectif ;
- Le collectif Agir pour notre Église ;
- Laurent Cotret, Sébastien Jacques, Guillaume Gellert, de l’association Éclats Reims ;
- Le collectif Ensemble en Vérité ;
- L’association pour une retraite convenable (APRC) ;
- L’association Comme une mère aimante ;
- L’association Voix Libérées ;
- L’Association d’aide aux victimes de mouvements religieux en Europe et leurs familles (Avref).
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